Musée de Montmartre, exposition Steinlen, maladie d’Alzheimer.

Parfois c’est dur, parfois c’est triste, et parfois c’est doux et mélancolique. Il faut apprendre à vivre avec, et je crois qu’il faut aussi témoigner pour faire comprendre. Voici donc ma visite au musée de Montmartre l’autre jour avec ma mère…

Le musée de Montmartre est situé dans une jolie maison, un peu comme une maison de maître à la campagne. On passe sous un porche puis une allée entre deux carrés de pelouse. Un escalier conduit au rez-de-chaussée donnant sur un jardin en terrasse, découvrant une vue vers le Nord de Paris jusqu’aux collines d’Argenteuil ou Montmorency, et l’on se met à rêver d’agréables soirs d’été il y a cent ans lorsque la banlieue avait encore des airs de campagnes. Sur le côté, le vignoble de Montmartre, et dans le musée, l’exposition Steinlen.

Steinlen est un peintre que je connaissais à travers ses chats et quelques affiches. J’aime les chats, et j’aime les chats de Steinlen. J’ai découvert à cette occasion un autre peintre, intéressant, engagé, celui des dessins sur les mines, les grèves, l’injustice sociale, la république et ceux sur la guerre de 14-18. Mais là n’est pas mon propos.

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La vrai motif de la visite est de sortir avec ma mère, qui ne s’éloigne plus beaucoup de son appartement du 15ème arrondissement. Une vitrine de porcelaines de Clichy en guise d’introduction, puis je l’entends dire faiblement «Steinlen» en regardant le premier tableau. Une lavandière ou une parisienne qui marche avec une baguette de pain. « Steinlen », murmure encore ma mère devant le tableau suivant, et « Steinlen » toujours à chaque nouveau tableau. Ma mère a oublié que l’ exposition lui est consacrée, et aussi que c’est une exposition… « De toute façon, j’ai déjà dû venir ici » me dit-elle, « oui, oui, Steinlen, je connais ». Et nous montons, un demi-étage, une pièce sombre, un des clous de l’exposition, les plus beaux chats.
« Ah, ça c’est un beau chat, on dirait le mien! ». Puis, « regarde le beau chat » et devant un petit bronze, « oui, oui, il y a des chats, regarde, même une statue ». Nous faisons le tour de la pièce, et redécouvrons le beau chat tigré qu’elle aime tant. J’attire son attention sur ses deux chats les plus célèbres, en lui faisant remarquer que l’un d’eux ressemble à ma chatte Boulette, mais c’est le tigré qui l’emporte. C’est normal puisqu’il lui fait penser à Rouxy, son vieux tigré..
On descend me dit-elle ?
Non, non, nous venons d’en bas.
Ah bon?Alors je te suis.

Apoteose
Une grande toile, l’Apothéose des chats, une assemblée de chats sur Montmartre, un chat au sommet dont la silhouette se détache sur le clair de lune, fait face à un des tableaux les plus étranges que je n’aie jamais vu, « Parce Domine » de Willette, sorte de fresque allégorique du plaisir et de la mort. Ma mère s’y attarde longuement. Elle lit et relit la notice, puis reprend l’inspection des autres tableaux. « Steinlen », répété à voix basse, «Steinlen », et encore « Steinlen ». Elle regarde avec beaucoup d’intérêts les tableaux consacrés à la guerre de 14, souvenir de son père, ancien poilu, elle ne récite plus le nom du peintre, relégué au second plan par une émotion et des souvenirs retrouvés. « Tu vois, me dit-elle, il y avait ça… » elle me montre une vigoureuse République, et je ne sais plus ce qu’elle voulait me dire, peut-être elle non plus. Et la visite s’achève. Avant de repartir, je lui propose de retourner voir les chats, elle les aime tant. « Tiens, regarde ce beau chat », me dit-elle devant le beau tigré, et moi je lui fais redécouvrir mes deux préférés, mais encore une fois, le tigré a gagné. « Regarde, il y a même une statue de chat ». Un dernier tour et un dernier murmure « Steinlen, ah oui, je connais, je crois ». Et la visite est terminée.

Passage obligé dans la boutique du musée, pas de beau tigré, mais deux cartes avec des chats, des lavandières et surtout le nom, « Steinlen ». Je vais rentrer dans le 15ème raccompagner ma mère avant de retourner à Fontenay. Ma mère est contente, elle a passé une bonne après-midi dit-elle, nous avons marché dans Montmartre, qu’elle redécouvrait avec des yeux tout neufs, comme pour la première fois. « Oh, j’ai déjà dû venir ici, oui, oui, je suis déjà venue, je crois ». Au détour d’une rue, « C’était l’exposition de qui déjà, Monet peut-être ? ». Je lui rappelle, « non, tu sais bien, Steinlen, celui qui peignait les chats, regarde tu as une image ». « Ah oui, les images, les chats, Steinlen, il faut que je retrouve ces images… »

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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