La vache orange et la chèvre de monsieur Seguin

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– Tiens regarde, la vache orange est ressortie dans la collection des albums du Père Castor, et la chèvre de monsieur Seguin aussi.

– Mais où les as-tu trouvés, me demande ma mère, tu les avais encore ?

– Non, je les ai achetés ce matin. Tu te souviens, je les avais quand j’étais petit, mais je ne sais plus où ils sont aujourd’hui.

– Regarde la vache, comme elle est drôle toute orange, et le renard, il la porte, il la soigne. Oh c’est amusant à revoir, alors, tu les as retrouvés ? Et qui te les avait donnés, je ne sais plus, tu t’en souviens ?

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– Ça fait trop longtemps, je ne sais plus qui avait pu me les donner. Mais je ne les ai pas retrouvés, je les ai achetés ce matin. Ils ont été réédités, c’est une bonne idée. J’ai pris deux exemplaires de la Chèvre de monsieur Seguin, un pour toi et un pour moi. Si j’avais su, je t’aurais aussi pris la vache orange. La prochaine fois si j’y pense, je t’en ramène un.

– Regarde, c’est quoi celui-là dit elle en le feuilletant. Tu vois, il y a une chèvre.

– Oui, c’est la chèvre de monsieur Seguin.

– Ah oui, je reconnais les dessins. Elle les regarde, page après page. Ils sont beaux, ce sont les mêmes. Tu vois, la chèvre la nuit. Et comment ça finit déjà ?

– Eh bien, à la fin, le loup l’a mangea.

– Ah oui, c’est ça, mais on ne dit pas qu’elle a passé la nuit ? C’est bien la nuit là. Qu’est-ce qu’elle a fait ? Elle lit « Blanquette se sentit perdue… Un moment, en se rappelant l’histoire de la vieille Renaude, qui s’était battue toute la nuit… » Ah oui, tu vois, c’est bien ça, la Renaude, c’était l’autre chèvre. Tu l’as retrouvé où ?

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– Non, je ne les ai pas retrouvés, je les ai achetés ce matin, un pour toi et un pour moi. Regarde c’est exactement les mêmes, ils ont repris les mêmes illustrations. Je les aimais bien. Ils ont été réédités, tu sais, c’est vraiment une bonne idée.

– Ah oui, c’est bien, il est très beau avec tous les dessins. La montagne là. Et la chèvre, qu’est-ce qu’elle a fait. Attend je vais lire un peu « Cela dura toute la nuit. De temps en temps, la chèvre de monsieur Seguin regardait les étoiles… » oui, c’est ça, elle se bat toute la nuit. Et après, comment ça finit déjà ?

– Mais tu sais bien, le loup la mange.

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– Fais voir, je vais lire un peu. « L’une après l’autre les étoiles s’éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents… Une lueur pâle parut dans l’horizon… Le chant du coq enroué monta d’une métairie. Enfin ! dit la pauvre bête, qui n’attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s’allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang… Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea ». Oh tout de même, c’est pas bien. C’est dommage, c’est triste.

– Oui, mais tu sais, c’est l’histoire.

– Peut-être, mais la chèvre, c’est triste, c’est pas bien tout de même une fin comme ça… Elle feuillette encore le livre, et lit. Avec une petite inquiétude et sans lire. Dis mois, il me semble, la chèvre. C’est la chèvre de monsieur Seguin, on dirait, c’est bien ça ?

– Oui, tu vois, c’est la Chèvre de monsieur Seguin dans la vieille collection du Père Castor.

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– Ah tu vois, je me souviens. C’est bien ça, c’est la chèvre de monsieur Seguin. Ma mère le dit avec le soulagement que déclenche le moment où un souvenir émerge du brouillard qui enveloppe sa mémoire. Une petite joie ou le répit d’avoir trouvé la réponse qui fait disparaître l’angoisse d’avoir tout oublié, comme si elle regardait un miroir dont l’image s’éloigne en tourbillonnant. Dans ces moments brefs et intenses, tout revient. Les choses sont à leur place, là où elles doivent être. Elles ne sont plus des ombres qu’elle n’arrive plus à saisir. Elles ont arrêté un instant de s’éloigner pour que son esprit puisse les rattraper, les posséder, les reconnaître. De fugitifs moments de bonheur et d’apaisement pendant lesquels elle ne se pose plus de questions, ne cherche plus à se souvenir, un peu de repos et de calme pour l’esprit et même le plaisir de jouir de souvenirs et de la conscience d’en avoir encore, des souvenirs. Au moins ce souvenir là. La chèvre de monsieur Seguin, tu vois, je me souviens, c’est ça, mais tout de même le loup, c’est pas beau.
Et tu l’as trouvé où…

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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