Villa Joséphine

Saintsat2
Ma mère a deux occupations principales. Regarder ses livres, les feuilleter et les classer en piles par sujet. Ensuite, elle les dispose dans la pièce principale par ordre d’importance ou d’urgence. Il y a ceux qu’elle veut garder, notamment une table basse qui est aujourd’hui couverte de tous les livres sur les chats que nous lui avons offerts ces dernières années. Les chats, et son chat le premier, tiennent une place fondamentale dans la vie de ma mère : les compagnons fidèles et doux, confiants qui ne posent pas toutes ces questions auxquelles elle a de plus en plus de difficultés à répondre. Mais peut-être aussi, son vieux chat, le seul dont elle peut s’occuper et avec lequel elle reprend possession d’elle même, une personne qui peut s’occuper de quelqu’un ou de quelque chose, affirmer son autonomie, comme avant…

La deuxième grande occupation, ce sont les photos. Des photos, que je la vois sortir, étaler, classer, regarder, scruter, interroger, et surtout essayer de reconnaître. Qui est-ce ? Ah oui, c’est Bernard ou Cathy, ou Mémé, ou c’est mon frère, ou ma sœur, ou encore ce sont les petits, regarde Jules ou Pascal. Puis la vérification, un peu inquiète parfois. On retourne la photo, il y a une date, un nom, rien souvent. Alors, un léger haussement d’épaules et la photo repart dans la masse anonyme et brumeuse des photos qui ne veulent pas se laisser reconnaître. C’est comme un mouvement confus qui fait ressortir de l’oubli des images et des visages. Sa mémoire sur papier, mémoire ancienne sur papier jauni ou noir et blanc aux bords découpés de petites dents blanches, ou mémoire d’aujourd’hui toutes en couleur à bords carrés. Puis le mouvement confus continue, les photos replongent dans la boite océan. Certaines rejoignent un album. Ça dépend, si ma sœur est là pour l’aider. Mais c’est ouvrir la boite et aller à la découverte aléatoire des souvenirs qui semble avoir sa préférence.

L’autre jour, la maison de mon grand-père est réapparue. Pas la photo que nous connaissons tous, photo familiale emblématique, mal cadrée mais sur laquelle figurent ses deux frères, et sa grand-mère, et un troisième garçon dont j’oublie toujours le nom. Cette fois, c’est une photo que je préfère, on y voit un arbre, un de ces arbres à l’ombre duquel j’aimais m’asseoir dans le jardin. La maison n’est pas belle, mais c’est ma maison. Celle qui restera pour moi le souvenir, l’idéal du temps de l’innocence et du bonheur insouciant. Le refuge de l’âge d’or de l’adolescence, des premiers émois, de la découverte du monde. L’endroit que je recherche et je regrette, mais le souvenir dans lequel j’ai la chance de pouvoir retourner. Des souvenirs de soleil si brûlant que l’on se protège dans la fraîcheur du garage cimenté, mais aussi la douceur des après-midi de pluie, à l’atmosphère gris rose et brumeuse du midi sous la pluie. Le froid du matin en hiver et l’odeur du poêle à charbon, et la fenêtre qui s’ouvre sur le Ventoux dont la silhouette s’estompe dans le lointain. Le ciel et la transparence des sons des matins ensoleillés de la campagne du Comtat. Sans oublier la bande des copains du village et nos quatre cents coups dans la campagne, les mobylettes et les fêtes d’un village à l’autre.

Et puis comme toujours, la photo a replongé dans une des boites de l’oubli. J’en étais désolé, sans insister. Elle était ressortie un beau jour, elle ressortirait bien un autre. Et la voilà. Mon père a qui j’en avais parlé a fini par la retrouver. « Tu ne peux pas savoir le bonheur que c’est de retrouver quelque chose que l’on s’obstine à chercher ! ». pour moi, c’est peut-être la Villa Joséphine😉

Quelques vues de Saint-Saturnin-lès-Avinon, le village de mon grand-père où se trouve la Villa Joséphine, qu’il avait fait construire en 1937. Et la route entre Saint-Saturnin et Châteauneuf de Gadagne où se trouve la vieille maison familiale, que mes parents ont reprise depuis. Et autre note souvenir sur « Saint-Sat »…

ps: ce n’est pas moi sur la photo, mais un des mes cousins😉

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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