Carte postale de Noël, avec ballon, tours et hôpital

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C’est une des plus belles vues de Paris, du moins du Paris contemporain. Au premier plan le parc André Citroën avec ses serres de verre et le ballon belvédère arrimé quasi à la verticale de la Seine. A l’horizon, les tours du Front de Seine, avec une perspective différente. Non pas le râteau que l’on voit parallèle à la Seine, avec ses tours qui viennent toutes butter contre le même plafond d’une centaine de mètres de haut, l’ennui naquit un jour de l’uniformité… Cette fois elles apparaissent groupées, contraste de matières, de couleurs et de structures, avec au premier plan la Tour Mirabeau et ses trois branches argentées très 70, au fond la cheminée de la CPCU qui culmine en transition avec la Tour Eiffel. Et sur la droite, la silhouette du Sacré Cœur. Vraiment une belle vue. Mais pour la voir, il faut aller au huitième et dernier étage de l’hôpital Pompidou…

hopital-pompidou-3.1261923902.jpg Et cette vue, c’est ma découverte de Noël, découverte involontaire, belle et triste à la fois. Il y a trois ans, j’avais publié une note intitulée Noël sans maman, c’est moins drôle…, pour répondre à deux blogueurs parisiens qui s’apitoyaient sur l’ennui de Noël et l’obligation de se réjouir à date fixe. Avec la maladie de ma mère, depuis plusieurs années, c’est plutôt l’occasion de se réjouir, même à date fixe que l’on cherche. Pas de chance cette fois, le 24 en fin d’après-midi il a fallu la conduire aux urgences à l’hôpital Pompidou. Petite infection pulmonaire, mais à son stade d’Alzheimer, il est difficile de comprendre tous les symptômes et de soigner. Une toux, une difficulté à respirer un peu plus grande chaque matin, un médecin pas très compétent, et un soir de Noël aux urgences pour les uns, et à attendre des nouvelles pour le reste de la famille. Depuis ça va un peu mieux. Elle est passée des urgences à la gériatrie pour quelques jours, du premier étage au huitième, et la découverte de cette belle vue. Il faut bien trouver une occasion de s’émerveiller faute de se réjouir. L’étage de gériatrie, c’est un endroit terrible, une tristesse dantesque et insupportable dans la déchéance et la solitude que l’on peut y croiser. Ce vieux nu, debout, dans sa couche pendante, souillé, puant, aux prises avec des aides soignantes, cet autre vieil homme assis seul dans son fauteuil devant la porte ouverte, à moitié nu aussi, la tête sur le côté, comme déjà mort, hopital-pompidou-2.1261923960.jpg solitude et déchéance. Déchéance et humanité pourtant. Des visites, des jeunes avec une grand-mère, ou arrière grand-mère, et surtout le personnel soignant. Débordé, pas de chance, ce sont les fêtes, ils sont moins nombreux, épuisés, essaient de calmer et de répondre aux questions et aux angoisses. Alors voilà, un autre Noël sans maman, vraiment moins drôle. Le premier sans elle, lorsque finalement, rassurés le 25 au soir nous nous sommes réunis autour d’une table de Noël, elle à l’hôpital. De sa chambre elle peut voir son immeuble, mais depuis longtemps ma mère ne regarde plus et ne comprend plus ce qu’elle voit, ne comprend plus ce qu’on lui dit, de l’autre côté d’Alzheimer. Alors un Noël de plus, en se demandant s’il y en aura un autre avec elle…

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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