Carte postale de banlieue, avec déplacements et collages urbains au temps d’Alzheimer…

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Fontenay-sous-bois, sous le pont de l’A86

En allant voir ma mère, comme tous les samedis après-midi, je pensais à ce qu’elle me disait il y a longtemps déjà, quand à la fin de la vie de mon grand-père, son père, elle allait le voir à l’hôpital de Tullins, je crois, ou d’une autre petite ville de l’Isère où la mort l’a définitivement arrêté. Elle me disait qu’elle connaissait par cœur cette route qu’elle faisait tous les jours, entre Moirans et Tullins, et qu’elle aurait pu y aller les yeux fermés. Maintenant, c’est mon tour d’aller voir ma mère, pas tous les jours, tous les samedis ou dimanches, parfois plus, et tous les jours quand il y a une alerte, comme entre Noël et le jour de l’An. La route est toujours la même, le périphérique, au sud ou au nord, suivant l’état du trafic. Parfois un retour par la banlieue, sortir du périphérique à Gentilly, puis Ivry, traverser les voies de la gare d’Austerlitz, admirer l’incinérateur d’Ivry, ses panaches de vapeur et le scintillement du revêtement de vitrocéramique. Reprendre l’A4 et longer la Marne que l’on ne voit pas, mais que l’on sait être à côté, ou traverser le bois, pour respirer un peu, le temps d’une échappée. Ou alors prendre l’A3 par la porte de Bagnolet, pour sortir dans cette improbable branche oubliée qui finit sans lumière dans les terrains vagues qui longent Mozinor, là-haut, sur le plateau de Montreuil, près des murs à pêches et des ferrailleurs. Itinéraires urbains, navigation automatique, la tête ailleurs, tristesse des samedis après-midi où semaine après semaine, j’observe la lente et vertigineuse déchéance de ma mère. Alzheimer, sans retour. Et je comprends ce qu’elle voulait dire, sur cet itinéraire qu’elle aurait pu faire les yeux fermés, tant elle l’a fait, conduite automatique, tristesse et mélancolie de ces moments, préparation avant d’arriver, et sas de décompression pour sortir. Je n’y suis jamais allé en RER et métro. C’est un moment qu’on ne peut pas partager, peut-être que le retour garde encore un peu de cette présence qui s’enfuit. Alors je regarde le parcours, je crois que je connais mieux que personne chaque bord de périphérique, abord d’A86, et recoin d’A3, parce que je les regarde, les photographie, comme pour ne pas oublier le décor de ces derniers moments ou simplement les prolonger et les revoir.

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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