Voitures brûlées, armes à feu et gilets pare-balles contre expulsions de Roms…

On se souvient que Brice Hortefeux, le ministre de l’intérieur, avait décidé de ne pas divulguer le nombre de voitures brûlées le 14 juillet, pour «mettre fin à cette tradition malsaine consistant à valoriser, chaque année à la même époque, des actes criminels». Las, les événements de Saint-Aignan le 18 juillet et ceux de La Villeneuve à Grenoble quelques jours tard, rendaient cette précaution bien dérisoire. Depuis il y a eu le discours de Grenoble sur l’insécurité de Nicolas Sarkozy, le président de la République le 30 juillet. Les propositions de loi sur la déchéance de la nationalité française, la politique anti-roms. Un raccourci. Sans doute…

La semaine dernière deux articles dans Le Monde passés un peu inaperçus. Celui signé par Luc Bronner le 27 août : « La multiplication des violences dans les quartiers alarme les policiers ». L’article parle des émeutes et des violences de Grenoble, Toulouse, de Roubaix, de Corbeil, et de la montée en nature de cette violence urbaine. Certes il y a encore des voitures brûlées, mais surtout il y a le développement de l’usage d’armes à feu.

Un autre article du Monde, daté du 28 août, annonce que « devant la gravité des problèmes de délinquance dans les réseaux de transports en commun franciliens… la RATP s’apprête à proposer un gilet pare-balles à ses quelque 1 000 agents de sûreté employés dans le Groupement de protection et de sécurisation des réseaux (GPSR). » L’article précise que désormais, on ne discute pas sur le bien-fondé du projet, mais sur son application, le port du gilet pare-balles sera-t-il obligatoire ou facultatif. Sur les transports, silence radio du gouvernement trop occupé à la destruction des camps de Roms illégaux et à l’organisation de leur renvoi en Roumanie et en Bulgarie. Trop content d’avoir trouvé un rideau de fumée sécuritaire aussi efficace. Les banlieues, ou du moins certains quartiers des banlieues sont un chaudron. Je n’aurai pas la cruauté de rappeler le fiasco de la politique de la ville du gouvernement. Fadela Amara et son plan Espoir banlieue semblent avoir pris de l’avance sur le remaniement ministériel annoncé en disparaissant corps et bien de la scène politique.

Luc Bronner écrit « La question des rapports entre jeunes et policiers avait fait l’objet d’une forte communication du ministre de l’intérieur, Brice Hortefeux, pendant l’été 2009, après une série d’incidents sérieux. Le ministre avait mis en place des groupes de travail censés émettre des propositions. Mais ces réunions n’ont rien donné, et le ministre a cessé de communiquer sur le sujet. » Les policiers expriment leur inquiétude devant le risque de nouvelles explosions de violences dans les « quartiers », comme le font aussi régulièrement de nombreux élus, de gauche comme de droite. Mais aujourd’hui, l’urgence est de ramener les Roms en Roumanie… Pourtant il y a urgence ici. Les banlieues ou les quartiers deviennent le lieu ou se conjuguent chômage des jeunes et développement d’une économie parallèle et mafieuse. Il faut regarder le phénomène en face, sans angélisme (puisqu’il faut toujours se justifier) mais aussi lui apporter des réponses concrètes : combien de temps a-t-il fallu pour qu’un commissariat soit ouvert à Clichy-Montfermeil après les émeutes de 2005 qui ont embrasé les banlieues de la France entière ?

Un jour peut-être, Brice Hortefeux ou son successeur place Beauvau pourraient bien regretter le temps où ils n’avaient que le nombre de voitures brûlées à cacher.

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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