Grand-Paris, et maintenant un Club, un Label, des cailloux blancs…

Après une Conférence (métropolitaine), un Syndicat mixte (Paris Métropole), une Société (du Grand-Paris), un Atelier (toujours du Grand Paris mais International celui-ci), voici maintenant un Club ! N’en jetez plus la cour est pleine, et surtout pleine plus ou moins des mêmes. La Comédie du Grand-Paris a cela de bien qu’on n’est jamais à l’abri d’un nouveau rebondissement aussi affligeant que le précédent. Et cette fois c’est le nouveau ministre qui s’y colle, Maurice Leroy annonce dans le JDD qu’il a lancé un comité de pilotage, un de plus, réunissant tous les acteurs du Grand Paris. Et Maurice Leroy d’expliquer en quoi consiste ce club : « Mercredi dernier, j’ai réuni au ministère Daniel Canepa (préfet de région), Jean-Paul Huchon (président du conseil régional) , André Santini (président de la Société du Grand Paris), Jacques JP Martin et Jean-Yves Le Bouillonnec (Paris Métropole), Pierre Mongin (RATP), Guillaume Pepy (SNCF), Hubert du Mesnil (RFF), Pascal Auzanet (DATAR), sans oublier l’Atelier international des architectes (représenté par Michel Cantal-Dupart, Roland Castro et Bertrand Lemoine) ou encore la ville de Paris (représentée par l’adjoint au maire Pierre Mansat). J’ai annoncé un calendrier et une méthode. Je les réunirai chaque semaine: le 14 décembre sur les transports; le 22 pour le logement; le 5 janvier pour l’emploi et le développement économique. Et le 12 janvier, j’élargis le club aux présidents des conseils généraux des huit départements d’Ile-de-France. » A ce niveau là la métropole parisienne, ce n’est plus un mille-feuille institutionnel, c’est une pâtisserie entière !

Pierre Mansat qui se lamente qu’ « après deux ans d’une attention soutenue au sommet de l’État, le Grand Paris semble avoir disparu de la carte politique nationale » dans le nouveau site Metropolitiques va pourvoir être rassuré ! Surtout que le nouveau ministre en charge du Grand-Paris veut du concret, un « label Grand-Paris », des « petits cailloux blancs » parce que pour l’instant « cela reste abstrait » et il veut avec le préfet de région et les 170 maires de Paris Métropole avancer sur des projets concrets dès 2011 « Très vite, des projets visibles vont sortir de terre: amélioration des RER A et B, ou de la ligne 13, prolongation de la ligne 14, par exemple. ». Il était temps, et c’est le président du Conseil régional, Jean-Paul Huchon qui sera content si l’Etat prend sa part au projet d’urgence sur les transports, le plan de mobilisation annoncé il y a déjà plus de deux en avril 2008 et qui parlait déjà de RER, de ligne 13, de ligne 14… Une amorce de convergence de points de vue et de décrispation qui reste à confirmer après ces années perdues.

Quant à Paris Métropole, le texte de Pierre Mansat et le récent Forum dans lequel étaient dévoilées les 110 Initiatives n’ont rien de très rassurant. Si l’adjoint au maire de Paris souligne le besoin de s’atteler à la question de la gouvernance, s’il aspire à la construction d’une « véritable citoyenneté métropolitaine », il n’ose toujours pas franchir le pas comme l’avait fait en son temps avec courage le sénateur de Seine-Saint-Denis Philippe Dallier. Pour Mansat, c’est toujours à moitié, on avance un peu, mais pas trop, et au final on n’assume pas. On dit ne pas vouloir ajouter une couche au mille-feuille, mais on n’ose pas en retirer une. Trop politique, Pierre Mansat en reste au consensus mou, territoires de projets et s’accroche à un syndicat mixte congénitalement impuissant. Il écrit « Paris Métropole doit acquérir de vraies compétences. Il ne s’agit pas d’ajouter une couche institutionnelle, mais d’arriver à produire de la décision. Il ne s’agit pas non plus d’agir selon un format unique, mais de manière variable en fonction des sujets. Paris Métropole doit devenir le lieu de proposition et d’action qui entreprend et développe des instruments de solidarité financière, qui suscite des projets métropolitains. » Le résultat, c’est la multiplication des initiatives, des clubs, des syndicats, des ateliers, des conférences, des rencontres, des forums, des parlottes, des projets indigents pour amuser la galerie et occuper. Faut-il citer parmi les 110 initiatives dont a accouché Paris-Métropole le projet de « métropolliniser » les Lilas avec des ruches cité sur son blog par la journaliste de Libération, Sibylle Vincendon, qui conseille d’aller « voir la multiplicité de ce que l’appel à initiatives a produit. C’est assez réjouissant » conclut-elle. Mais est-ce du réjouissant dont ont besoin les 10 à 12 millions d’habitants du Grand-Paris ? Pourquoi ne pas oser dire, il faut une métropole dotée d’institutions démocratiques, avec des représentants élus ? Pourquoi refuser à Paris, le Grand, ce que l’on donne aux autres villes ? Il a fallu longtemps pour que Paris ait un maire. Il faudra sans doute longtemps pour que le Grand-Paris en ait un ; mais pour cela, il faudra trouver des hommes politiques qui aient vision et courage. On cherche encore…

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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9 commentaires pour Grand-Paris, et maintenant un Club, un Label, des cailloux blancs…

  1. Lupus dit :

    C’est drôle, quand tu vois le verre à moitié vide, j’ai plutôt tendance à le voir à moitié plein. C’est histoire de « club Grand Paris », et les premières déclarations du ministre vont à mon avis dans le bon sens. Dans le sens de la coordination plutôt que le projet imposé. Dans un esprit de conciliation pour, pourquoi pas, avancer ensuite sur le volet institutionnel.

    J’ai l’impression que de ton coté, tu es suffisamment blasé pour que toute déclaration qui ne soit pas un « j’ai décidé d’instaurer un gouvernement unique du Grand Paris » soit une déception et un renoncement. Mais franchement, attendais-tu que la première action d’un ministre qui vient d’être nommé soit de modifier d’un coup la gouvernance d’une métropole qui, on le sait, est gouvernée par plusieurs centaines d’élus?

  2. parisbanlieue dit :

    @Lupus, tu me connais bien et tu as raison de dire que je suis blasé et déçu, proche du renoncement. Bien sûr, on voit une amorce de rapprochement et de concertation. Mais ce n’est pas la première, et ta conclusion sur « une métropole qui, on le sait, est gouvernée par plusieurs centaines d’élus » semble bien tempérer ton optimisme…

    Ce qui me désespère, c’est la création d’un « Club », une structure, même légère, de plus, avec un programme, qui est une copie de l’agenda de Paris Métropole : tout ça parce que d’un côté comme de l’autre, il faut montrer que l’on prend l’initiative, pour faire la même chose, en parallèle, mais deux fois, trois fois, autant de fois qu’il y a d’acteurs qui décident que la légitimité est chez eux.

    Alors oui, je préfère le coup de pied dans la fourmilère, mais je crois que je vais l’attendre longtemps😉

  3. Graindeville dit :

    C’est un Grand Paris à la fois rapide ( l’irruption du Grand Paris sur la scène politique et l’évolution des représentations) et lent (la décision, la finance et l’action), dont l’urgence, celle des transports et du logement, met cruellement en lumière le retard. Reste à savoir où s’exprime cette urgence… On le sait, les cénacles sont feutrés et l’urgence ne les trouble que rarement. Au Grand Paris, il manque certes des instances manageriales, dotées de réels pouvoirs (dont celui financier), mais aussi, et peut-être surtout, l’exigence politique de citoyens, pour l’heure relativement absents du débat ou impuissants. Qui d’autres qu’eux peut néanmoins faire avancer celui-ci, le temps des despotes éclairés étant révolu, fussent-ils barons?

  4. La semaine dernière, lu dans « Ouest France » à propos de Nantes Métropole.

    Un truc du genre :

    – on veut préparer la métropole de dans 30 ans, sachant qu’il faut 15 ans pour construire un pont et 10 pour construire une route.
    – questionnaire envoyé à tous les habitants de la métropole (Nantes et les 24 communes alentours)
    – réunions, comités avec les habitants suite aux premières orientations du questionnaire pour synthétiser tout ça
    – autre série de réunions, questions / réponses pour récolter « quelle métropole on veut »
    – demande de vision et de créativité, éclairage à des designers et architectes (ce n’est pas eux qui proposent un projet, on leur demande le soupçon de nouveau regard)
    – ensuite proposition d’un projet en 2012 (sur lequel seront basés les projets concrets de construction, réaménagement, etc)

    Tout ça pour 2030.

    Et nous pour Paris et son agglomération, qui n’est même pas une vraie métropole politiquement, on continue à nous promettre la lune, de tout révolutionner pour 2015, alors que l’existant est dans un état tellement déplorable (surtout les transports)…

    J’ai pu mesurer le grand écart… de bon sens.

  5. moloko dit :

    Fidèle lecteur de votre blog, j’aimerais bien avoir votre avis sur la reconduction du service de transport fluvial Vogueo dont le budget annuel d’exploitation s’élève à 4,1 million d’euros/an et dont les résultats commerciaux sont très très loin des perspectives initiales (150 000 € de recettes annuelles).
    Il faut dire qu’avec un taux de remplissage en moyenne de 10% en semaine (7places occupés sur les 70 disponibles) et de 16% le WE cela fait un peu chèro la ballade en voguéo (4,1 million d’euros/an de budget cela permettrait de financer des prolongations de lignes de métro fort plus utile).
    Les transports par voie sur berge ne semble pas vraiment adapté aux déplacements dans le cadre de déplacements à usage professionnels (c’est quoi la vitesse de croisirèe.
    Même si ces afficionados réclament à corps et à cri un prolongement de la ligne au dela de la gare d’Austerlitz ce qui semble avoir été entendu par le STIF et la mairie de paris qui ont décidé de prolonger l’experience vogueo en prolongeant la desserte (mais jusqu’à où ? ce n’est pas le lien ‘mort’ du site officiel qui l’indique en tout cas : http://www.vogueo.fr/vogueo/presentation_du_service/)

    D’ailleurs la lecture d’un de vos précédents articles concernant ce mode de transport était des plus cirsconspectes au sujet de l’interet d’un tel mode de transport :
    http://parisbanlieue.blog.lemonde.fr/2008/07/01/vogueo-rer-a-et-voitures-electriques-ou-les-messages-sibyllins-de-christian-blanc-aux-assises-de-la-metropole/
    Bref l’experience vogueo ne montre elle pas l’inadéquation entre les besoins réels en terme de transports en IDF et les projets mis en place pour faire jolie dans la vitrine ?

  6. Brisavoine dit :

    A ce stade, à part des émeutes de banlieue qui dégénéreraient en affrontement bien plus violents qu’en 2005, je ne vois pas trop ce qui pourrait faire bouger tous ces messieurs dames, politiciens et chefs de baronnies du petit et grand Paris. On croirait revivre les années 1780. Les mêmes blocages, la même incapacité des élites d’accepter le changement, l

  7. Brisavoine dit :

    A ce stade, à part des émeutes de banlieue qui dégénéreraient en affrontement bien plus violents qu’en 2005, je ne vois pas trop ce qui pourrait faire bouger tous ces messieurs dames, politiciens et chefs de baronnies du petit et grand Paris. On croirait revivre les années 1780. Les mêmes blocages, la même incapacité des élites d’accepter le changement, la même incapacité de comprendre la souffrance du peuple d’en bas (parce que prendre le RER A tous les matins, c’est une vraie souffrance).

  8. Brisavoine dit :

    @ Jean-Paul Chapon. Vous écrivez : « Il a fallu longtemps pour que Paris ait un maire. Il faudra sans doute longtemps pour que le Grand-Paris en ait un ; mais pour cela, il faudra trouver des hommes politiques qui aient vision et courage. On cherche encore… »

    Que pensez-vous de Manuel Valls sur le sujet ? Vous paraît-il favorable à un Grand Paris politique ?

  9. Ping : Grand-Paris, métro des champs et cantonales : Temps confus pour la métropole… | Paris est sa banlieue – Saison 3 ?

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