Carte postale du Grand-Paris, avec pont sur la Seine et maladie d’Alzheimer

Choiisy-le-roi pont à l'anglais

Encore un de ces samedis soir, où après la visite chez mes parents j’ai besoin de conduire, au hasard, écouter de la musique, regarder et ne plus penser, absorber l’amertume et la tristesse de voir ma mère se dissoudre toujours plus dans la maladie. Petite alerte la semaine dernière, ma mère a été malade la nuit, elle a vomi, on a dû la laver, la changer, mais elle est restée faible les jours suivants. Elle perd certains réflexes, et ne peut rien dire pour expliquer ce qui ne va pas. Ma mère ne parle plus depuis deux ans peut-être. Lundi elle était mieux, je suis passé en fin de journée, après le boulot pour la voir. Elle était présente, un peu, regardait mon père quand il parlait, esquissait ce sourire si ténu que nous seuls le voyons, avec les yeux de la foi en la vie, encore un peu, je crois avoir vu aussi cette esquisse de sourire quand elle a fini par me regarder, si fixement, avec ses yeux délavés dans lesquels il est si difficile d’imaginer ce que elle, elle ressent . Mais cet après-midi, ce n’était pas ça. Elle était fatiguée, d’avoir été changée, d’avoir marché, c’est à dire traversé la pièce et retour, le maximum qu’on puisse encore lui demander pour qu’elle garde le réflexe de la marche… Ces visites à une absente présente me laissent désorienté, avec une mélancolie amère, un besoin de partir, je crois que parfois je partirais loin si personne ne m’attendais à la maison, un réconfort si cher. Rouler pour rouler, loin, pour partir sans idée, juste conduire, aller ailleurs, loin, plus loin…

Alors ce soir, j’ai fini par me retrouver à Choisy-le-roi, sortie de Paris par les bords de Seine, Charenton, le pont Mandela et la rue Lénine à Ivry, ultimes survivances de la ceinture rouge de Paris, Vitry, puis Choisy, et le pont du port à l’Anglais. J’aime la Seine à l’est de Paris, la rivière est large, belle, mais aussi vivante de ses activités, pas le Luna Park pour bobos parisiens dont rêve le maire du Petit-Paris, Bertrand Delanoë*, juste un fleuve qui est encore un axe fort pour l’activité et l’économie de la métropole. Mais aussi un axe magnifique, avec le Pont du port à l’anglais, un de ces monuments parisiens oubliés ou plutôt ignorés, deux arcs de triomphe sur la Seine, version monumentale et parisienne du Pont Flavien de Saint-Chamas dans la Provincia Romana ! Sur les berges, une promenade entre Seine et industrie, une écluse, des tours et les lumières du soir. La Ville sur les bords de Seine, le Grand-Paris dans sa beauté urbaine !

choisy le roi pont à l'anglaischoisy le roi pont à l'anglaischoisy le roi ecluse

 

 

 

* D’autres notes à propos du projet de « reconquête » des berges de la Seine de Bertrand Delanoë :
14-04-2010 Carte postale du Petit-Paris, avec bonheur, égoïsme et grandes roues
17-04-2010 Carte postale du Grand-Paris, avec autoroute urbaine et bonheur oublié
27-12- 2010 Carte postale métropolitaine, avec site exceptionnel et berges à reconquérir

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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5 commentaires pour Carte postale du Grand-Paris, avec pont sur la Seine et maladie d’Alzheimer

  1. Luis dit :

    Partir, oui, mais rentrer aussi. Il faut garder le pont.

  2. sysiphe dit :

    Merci de nous faire traverser la Seine pour découvrir, au détour de ta mélancolie, les trésors cachés, mais bien présents, du Grand Paris … Victor Hugo disait « La mélancolie, c’est le bonheur d’être triste » … en attendant, j’espère te voir recouvrir celui-ci, même par petites touches d’espoir, lors de ces prochaines visites à tes parents … courage Jean-Paul.

  3. Patricia dit :

    Le courage, paraît-il, c’est de rester, mais qu’est-ce que c’est dur parfois (souvent) alors ménageons nous des escapades et continuons d’apprécier les petits plaisirs de la vie, heureusement il y en a. En te suivant régulièrement sur ton blog, je sais que tu sais le faire. Rester certes mais pas pour devenir un héros, simplement parce que ce serait lâche d’abandonner quelqu’un malade et vivre ensuite avec cette culpabilité. Je n’aurais plus jamais pu regarder mes enfants en face si j’avais laissé leur père.
    Bon courage, Jean-Paul, garde le cap et le pont !

  4. Josh dit :

    Cher Jean-Paul,

    J’aime Paris, j’y habite. J’aime aussi la banlieue, j’y ai grandi et j’y retournerai vivre un jour. Dans la banlieue où j’ai grandie, j’ai un parent malade, qui a perdu beaucoup de ses facultés mentales. Je comprends donc complètement votre douleur.
    Amitiés et salutions et merci pour votre superbe blog !

  5. md.inc dit :

    Tu sais, maintenant, j’habite pas très loin de ce pont…

    Après Montrouge, Saint-Denis, Nanterre ou je suis toujours un peu, je suis installé ici à Vitry juste après le chemin de fer à droite, dans une petite cité ou habitent des classes moyennes, des artisans, pas forcément communiste ou client comme dans le reste de Vitrygrad… En effet, incroyable dernier bastion de ceinture rouge, bien plus qu’Ivry, Nanterre, Montreuil ou Saint-Denis, ou la politique à changé et le reste aussi. Alors quant on a des parents, qui vieillissent aussi et qui étaient (jadis) au PC…

    Ce que tu dis de ton besoin d’aller loin me parle, parce que au départ, c’est pour ça que je me promène, depuis que je suis tout jeunes, ado un peu fugueur, puis jeunesse cyclotomique… pour ça que je fais ce que je fais maintenant.

    Ce qu’on voit de la ville, là dans ces moments, on est seul sans être seul, avec les autres qui partage certaines choses, certains besoin d’aller loin. Je me suis rendu compte plus tard que beaucoup de gens partageais ce rapport là au chose, et cela est très important je trouve. A mettre sans doute au centre d’un projet réellement métropolitain pour le Très grand Paris.

    Enfin, voilà cet article me touche beaucoup.

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