Carte postale de Budapest, avec retour sur le Grand-Paris, Paris-Métropole et absence de citoyen

budapest-Szabadság-hid-pont de la liberté

Au début il y avait deux villes, trois même, Buda et Pest de part et d’autre du si large Danube, et Obuda au Nord de Buda. En 1873 les trois villes sont unifiées pour donner naissance à Budapest, après une éphémère tentative en 1849 lors du Printemps des nations. Et Paris est sa banlieue est sorti quelques jours du Grand-Paris pour voir le Grand-Budapest. Une ville aussi belle qu’étonnante. Le Danube et ses ponts, la vieille ville de Buda et son atmosphère d’Europe centrale, la richesse de l’architecture du baroque à la Sécession, avec les œuvres d’Odon Lechner, le Gaudi hongrois, le plaisir des bains, la gourmandise du paprika et foie gras aux cafés et pâtisseries qui n’ont rien à envier à Vienne.. Séjour trop rapide pour se faire une idée plus précise, sans compter avec la langue qui ne facilite pas la compréhension, à part deux mots que l’on retrouve partout, eladó (à vendre) ou kiadó (à louer), témoin d’une économie hésitante, à l’image de l’alternance d’immeubles superbement restaurés et d’autres qui semblent ne pas réussir à se relever de la dernière guerre et de la période communiste. Présence soutenue des drapeaux hongrois, sur les bâtiments officiels bien sûr, mais aussi aux fenêtres des appartements, présence apparemment forte de l’Eglise, drapeaux de Hongrie et du Vatican côte à côte. Mais avant tout une des plus belles villes d’Europe que j’ai visitées.

Puis retour à Paris et réapparition du Grand-Paris au hasard d’une interview de Frédéric Gilli, dans Libération, dans laquelle on n’apprend peut-être pas grand-chose sur le projet de rocade, mais Sibylle Vincendon emmène Frédéric Gilli sur la question de la gouvernance et de la démocratie, ou du manque de démocratie dans la métropole, ce qui donne à Frédéric Gilli l’occasion d’annoncer que Paris-Métropole, le syndicat mixte ouvert qui a succédé à la Conférence métropolitaine, pourrait trouver des moyens d’actions à travers la création d’un fond d’investissement. « On pourrait aussi créer une société publique locale. Sans donner un véritable pouvoir dans la loi à Paris Métropole, cela lui donnerait un vrai pouvoir qui est celui de l’argent. A partir du moment où il y a un bailleur de fonds important, on ne peut pas négliger son point de vue. C’est ce que les anglo-saxons appellent la «soft governance» mais ça marche quand même. C’est beaucoup plus efficace d’avoir une capacité de financement que d’être en codicille dans une loi qui dit qu’«il faudra prendre l’avis de Paris Métropole»… Dans une dynamique métropolitaine assez ségrégative comme on la connaît aujourd’hui entre l’Est et l’Ouest de la région parisienne, les acteurs se disent: «Pourquoi est-ce qu’on mettrait plus au pot? Pourquoi est-ce qu’on ferait de la solidarité ? » Il faut travailler cette solidarité d’une autre manière, en mutualisant les investissements… Bertrand Delanoë ne peut pas voter dans son budget 300 millions d’euros pour refaire la dalle d’Argenteuil. Mais via une subvention à Paris Métropole, Neuilly, Paris, etc. peuvent tout-à-fait se retrouver légitimes à investir dans ces endroits-là, y compris vis-à-vis de leur électorat. Pourquoi? Parce que ce n’est pas en surinvestissant à Châtelet-Les Halles qu’on dégage des marges de manoeuvre en matière de développement urbain. »

Tout cela est bien beau, mais le problème, c’est Paris-Métropole, et une nouvelle fois, Frédéric Gilli préfère les solutions du type consensus mou, qui préserve les intérêts des élus et des politiques, sans se soucier de véritables institutions démocratiques pour la métropole. Car dans Paris-Métropole, les décisions se prennent à la majorité qualifiée des deux tiers, avec un quorum qui est atteint lorsque la moitié des délégués est présente ou représentée, et surtout avec un principe symbole du corporatisme des élus : « chaque membre est représenté par un délégué disposant d’une voix délibérative« . Cela veut dire que la voix du représentant de Paris et ses plus de deux millions d’habitants, pèse autant que celle du représentant de Marnes-la-Coquette et ses 1700 habitants ! Démocratie d’élus, mais pas des citoyens.

Alors la seule bonne réponse de Frédéric Gilli, est peut-être celle qu’il donne à la dernière question de Sibylle Vincendon qui lui demande s’il manque qu’un dans ce Grand-Paris ? « oui, répond-il, il manque le citoyen« …

budapest pont des chaines

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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4 commentaires pour Carte postale de Budapest, avec retour sur le Grand-Paris, Paris-Métropole et absence de citoyen

  1. bernardp dit :

    Encore une carte postale ! Que va penser le « guide du routard » de cette concurrence ?🙂
    Budapest c’est comme la Défense, tout est gris. Votre objectif n’est-il pas voilé (pas de confusion, je veux dire flou) ?
    A « Paris Metropole » ils se réunissent dans des endroits sombres; c’est pour ça que le « citoyen » y vient pas !

  2. Ping : Carte postale du Grand-Paris, avec jardin tropical et remord colonial | Paris est sa banlieue – Saison 3 ?

  3. T.Diot dit :

    « Cela veut dire que la voix du représentant de Paris et ses plus de deux millions d’habitants, pèse autant que celle du représentant de Marnes-la-Coquette et ses 1700 habitants ! Démocratie d’élus, mais pas des citoyens. »

    Je ne comprends pas clairement le sens de cette remarque. Selon vous le vote unique par membre serait un défaut ? Pouvez vous m’apporter plus de précisions sur votre pensée.

  4. Ping : Grand-Paris et cantonales ou j’aime plus mon département sur les plaques minéralogiques que dans les urnes… | Paris est sa banlieue – Saison 3 ?

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