Les architectes de La Défense

les architectes de la défense« Rien n’est pire que cinq ou six tours essayant sans succès de se dissimuler. Ou l’on renonce aux tours, et il n’y a plus d’architecture dans un ensemble de cette importance, ou on les multiplie » déclare Georges Pompidou dans Le Monde en octobre 1972. Car la Défense, c’est de l’architecture, et de la politique. Une architecture de commande portée par le(s) politique(s) comme le rappelle le livre de Simon Texier, Les architectes de La Défense, lui-même « réalisé sur une idée et avec le soutien de l’EPADESA ». Mais si on peut parfois se méfier des livres de commande politique, on peut se laisser séduire par Les architectes de La Défense.

Une histoire de La Défense, sans tomber dans une histoire de l’EPAD, les noms de Charles Ceccaldi-Raynaud, Nicolas Sarkozy, Patrick Devedjian ou encore Joëlle Ceccaldi Raynaud, présidents du conseil d’administration de l’établissement public, n’apparaissent pas dans le livre, qui se consacre plutôt à expliquer les différentes phases de la construction du lieu, les hésitations, interrogations et obstacles comme l’affaire de la Tête Défense qui devait fermer la perspective, là où la Grande Arche (trôner, le mot convient bien à l’histoire du monument et mal à sa réalité conviviale quand ses marches se transforment en plage urbaine où l’on prend le soleil) la Grande Arche, les rapports entre l’architecte et le politique en France, l’évolution de la profession, agences françaises et agences américaines, les différentes phases du projet. Les tours sont classées en cinq générations, de celles du gabarit de Robert Camelot et Jean de Mailly (24x42x110) dans les années 1966 à 1972, à celles d’après 2005, la génération des tours HQE (Haute Qualité Environnementale). Les tours en projet sont également présentées. Au passage, on comprend comment l’abandon du gabarit identique pour tous a sauvé la Défense de l’effet alignement de morceaux de sucre du Front de Seine, et pourquoi les touristes se font photographier devant les tours de La Défense et pas devant celles de la Gare de Lyon…

Le principal intérêt du livre est de présenter chaque bâtiment sur une double page, à gauche une photo pleine page, et à droite une description avec une représentation volumétrique et un schéma de l’emprise au sol. Et pour les tours, un petite comparaison avec la tour Eiffel en pied de page. Autre intérêt du livre : ne pas se limiter aux tours mais aussi montrer les immeubles de faible hauteur, qu’ils soient commerciaux ou immeubles d’habitations. Les constructions sont classées suivant les quatre nouveaux secteurs de la Défense, sans oublier l’axe, avec des plans de situation en volume pour chaque partie.

En annexe, les biographies des architectes de La Défense.

Un reproche majeur : l’absence totale du facteur humain, un livre sur l’architecture mais pas sur l’urbanisme et son impact sur la vie dans ce quartier. La dalle, ses effets sur le schéma de circulation (effrayant les premiers jours, mais on s’y habitue ;-)), la séparation voitures piétons, qui a du bon dans la journée, mais pose un problème de sécurité le soir, où sortir tard du bureau en hiver dans certains secteurs peut créer un sensation d’insécurité, mais bon, ce n’était pas l’objet direct de la commande…

Pour conclure, il y a quelques années, Paris est sa banlieue conseillait à ses lecteurs d’offrir le « Guide de l’architecture moderne à Paris » pour montrer que la ville pouvait être autre chose qu’un musée – même à Paris –  tout en déplorant que ce guide s’arrête au périphérique et ne traite que du Petit-Paris. Un premier pas hors de la frontière est franchi avec Les architectes de La Défense, un superbe objet-livre d’architecture à offrir pour montrer que l’architecture fait aussi bouger la Ville dans le Grand-Paris.

Les architectes de La Défense, éditions Carré – Paris, 2011

Jean-Paul Chapon

A propos parisbanlieue

Qui a peur du Grand Paris ? le journal d’un « desperate banlieusard » continue, malgré la difficulté à se faire entendre. Déceptions et frustrations, paralysie du jeu politicien droite-gauche et refus de construire une métropole unifiée et solidaire au-dessus du périphérique. En regardant le Petit Paris de Bertrand Delanoë, et la région immobile de Jean-Paul Huchon en passant par la préfectoralisation de la région-capitale par le gouvernement Sarkozy, Paris est sa banlieue entame sa saison 3… à suivre ;-) Sinon, quand je ne m'occupe pas de Ville et de banlieue ou de Grand-Paris, je suis chargé de la gouvernance web et du 2.0 dans une grosse boîte...
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7 commentaires pour Les architectes de La Défense

  1. sysiphe dit :

    Merci Jean-Paul pour ce conseil de lecture.
    Comme tu le soulignes, ce livre peut permettre d’oublier, pour un temps, les appétits (pardon les enjeux) économiques et politiques que la Défense véhicule depuis quelques années. Pour ma part, je reste toujours impressionné par les photos de la Défense dans la première décennie, où la présence de l’humain était justement bien différente comparée à sa présence sur la dalle aujourd’hui.

  2. Caroline dit :

    Oui c’est vrai que ce livre donne envie. Du coup, je suis allée sur le site de l’INA qui est très riche en actualité et reportage sur les débuts de La défense (début 50), sur la crise « le gouffre » de la défense après 1975, puis la reprise en main. En fait, ce qu’il y a d’intéressant c’est le concept « d’histoire » de la Défense car désormais cela fait plus de 60 ans que cela dure et pourtant on se croirait toujours dans le futur, mais un futur passé (dépassé), un futur présent… et de temps temps un futurisme encore dérangeant, pour cela il suffit d’aller de dalles en dalles, de traverser cette histoire du béton français.

  3. Lupus dit :

    Joli post! Effectivement, la Défense est un exemple à la fois de ce qu’il faut faire et de ce qu’il ne faut pas faire pour créer des centralités en banlieue…

    Au passage, je me permet de relever une petite faute de grammaire : « on comprend comment l’abandon du gabarit identique pour tous à sauver la Défense »

  4. parisbanlieue dit :

    Merci Benoît ! c’est corrigé😉

  5. jojo dit :

    d’accord avec vous.
    Pour y avoir longtemps travaillé , il faut bien reconnaitre que le site est assez impressionnant (surtout au début quand on y est pas habitué,la sortie du RER fait toujours son petit effet), beau, pratique, et même franchement sympathique à la pause déjeuner quand le temps est ensoleillé. Loin des clichés.
    Restent néanmoins les points noirs (très noirs) des accès (transport en public ou routiers) et de l’aspect quelque peu lugubre en soirée, quand c’est à désert…

  6. sybille dit :

    Ce livre a l’air intéressant. Merci Jean-Paul !
    Un aspect amusant du parvis, c’est la structure du sol formée par les talons de différentes tailles accrochés entre les dalles. Il m’est arrivée une fois d’en compter plus d’une douzaine. Les « victimes » ne peuvent pas s’empêcher d’y penser sans un peu de tendresse, une fois la colère dissipée. C’est comme cela qu’on crée sa petite histoire avec le site.

  7. bernardp dit :

    J’ai fait lire votre billet à ma Comtesse
    A quoi servent toutes ces tours me dit-elle ?
    « A orienter leur job vers les profondeurs zénithales » de lui répondre
    Faute de soleil et ciel bleu, après 2 heures de transport en commun à se faire compresser l’antérieur et le postérieur, le déplacement vaut le coup !

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